Expulsée pour avoir fait pipi debout : comment un cas isolé reflète un problème plus vaste

Expulsée pour avoir fait pipi debout : comment un cas isolé reflète un problème plus vaste

Le 10 juillet dernier, une jeune femme est expulsée d’un festival. Son “crime” ? Avoir utilisé un pisse-debout dans les urinoirs masculins. Rapidement, les réseaux sociaux s’enflamment. Entre incompréhension et indignation, l’événement révèle un mal bien plus profond : celui de l’inégalité d’accès à un besoin fondamental. Car faire pipi, en 2025, reste encore une affaire de genre.


Les faits, rien que les faits

Julia, 27 ans, explique avoir utilisé un dispositif pisse-debout pour éviter les interminables files aux toilettes femmes. Une pratique de plus en plus courante dans les festivals, notamment chez les randonneuses ou les femmes voyageant en autonomie.
Mais un agent de sécurité l’en empêche. « Interdit aux femmes », lui aurait-on lancé, avant de l’exclure définitivement de l’événement. Le festival, contacté, a reconnu une erreur de jugement et proposé un remboursement. Mais le mal est fait.

Derrière l’incident, une inégalité structurelle

Ce n’est pas un simple malentendu. C’est le symptôme d’un problème systémique.
Dans la plupart des festivals, les toilettes pour femmes sont en nombre insuffisant. Des études belges ont montré qu’en moyenne, une femme attend 6 minutes pour uriner, contre 11 secondes pour un homme grâce aux urinoirs.
Pourquoi ? Parce que l’aménagement des espaces publics a longtemps été pensé par et pour des corps masculins. Et qu’en 2025, la question de l’aménagement genré reste largement négligée.

Le tabou du pipi féminin

Le corps féminin continue de déranger dans l’espace public. Uriner debout, pour une femme, c’est briser une norme, celle du corps discret, propre, invisible.
Alors qu’un homme peut uriner debout derrière un arbre sans choquer, une femme utilisant un pisse-debout dans un festival provoque encore gêne ou rejet.
L’urine devient politique dès lors qu’elle sort du cadre traditionnel. Ce que l’incident de Musilac a révélé, c’est que le pisse-debout n’est pas encore perçu comme un outil de liberté, mais comme une anomalie.

Quelle place pour les alternatives ?

Des associations comme “Fête le debout” militent depuis des années pour démocratiser l’usage de dispositifs urinaires féminins. Certains festivals comme We Love Green ou les Eurockéennes ont même installé des urinoirs pour femmes.
Mais ces initiatives restent marginales. En cause : le manque de volonté politique, le regard social, et le manque d’information.
Et pourtant, la solution est là : repenser l’espace pour permettre à toutes et tous de satisfaire un besoin naturel avec dignité et sécurité.

L’affaire Musilac ne parle pas que de toilettes. Elle parle de droit, d’égalité, d’espace public.

Elle pose une question simple : qui a le droit d’uriner librement, rapidement, sans jugement ?

Si uriner debout n’est pas un privilège, alors pourquoi l’est-ce encore dans les faits ?

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